Traversée Paramoteur Corse en Funflyer Adventure (Aout 2013 - Antoine Pagès)

Traversée Paramoteur Corse en Funflyer Adventure (Aout 2013 – Antoine Pagès)

Paramotoriste et nostalgique téléspectateur d’ « Ushuaia », je m’étais souvent demandé ce qu’avait pu ressentir Didier Eymin lors de son vol « Nice-Calvi » un 3 mai 1989. il me fallait aussi vivre l’expérience du vol lent sur une mer à perte de vue, sans plus aucun repère, aucune pollution visuelle à des kilomètres à la ronde.
Grandiose ! …

Le besoin de voler sur la mer s’est fait fortement ressentir lors de vols de littoraux, toujours à la frontière du posable en cas de panne moteur.

Voler en campagne est magique, mais dès qu’un point d’eau apparait, il attire, il multiplie la beauté du paysage et irradie la grandeur de l’instant. Alors prendre la mer, me laissait imaginer le summum !

Funflyer baroudeur traversée méditerranée (Antoine Pagès)

Funflyer baroudeur traversée méditerranée (Antoine Pagès)

Fin juin 2013, un barbecue festif réunissant le noyau dur des membres de l’aéroclub Nostradamus de Salon-Eyguières, se solda par un challenge : celui de réaliser un vol paramoteur « Fréjus-Propriano » sans assistance ni ravitaillement, au mois d’août.

Pour avoir réalisé en 2011 et en 2012 le vol d’une traite de Salon de Provence à la Coupe Icare à Saint hilaire du Touvet, je savais un peu à quoi m’attendre en matière de préparation. Petit détail… la mer à traverser en plus… Glurps !

Feront alors parti de l’aventure, mon inséparable Funflyer biplace dont la structure permet notamment d’embarquer de l’essence en quantité et quelques accessoires nécessaires au baroud maritime.
Constamment révisé et dorloté, nous sommes devenus, à force de temps passé ensemble, un binôme … un couple. Inlassablement, mon aile bishuttle »Adventure » de 40 m2. Modèle certes plus adapté à la balade qu’à la vitesse, mais fiable et rassurant. Elle a su encaisser sans jamais sourciller les aérologiques parfois tourmentées que j’ai eu à croiser en presque 8h de vol. Je l’avais déjà utilisée pour le même type de vol en 2012 entre Salon de Provence et Saint Hilaire.

Bishuttle 40 Adventure Antoine Pagès Fréjus Propriano en Paramoteur

Bishuttle 40 Adventure Antoine Pagès Fréjus Propriano en Paramoteur

Bishuttle 40 - Adventure Paramoteur / Flying-Tour, le karting volant

Bishuttle 40 – Adventure Paramoteur / Flying-Tour, le karting volant

 

 

 

 

 
Le Paramoteur a été préparé pour la traversée avec 100 litres répartis en 4 bidons de 25 litres, reliés par un savant montage de durites et de robinets.

A bord, une rame, toujours utile en mer, des bouées et des brassières à gonfler et à installer sur la structure dans l’éventualité d’un plouf… Après plusieurs essais, ce fut le meilleur compromis trouvé en terme d’efficacité, d’encombrement, de trainée et de mise en oeuvre.
J’espère juste que j’arriverais à gérer l’impact dans l’eau et les quelques minutes qui suivraient cette humide expérience. C’est un vol sans filet et ne me suis jamais livré à cet exercice.

Paramoteur Vol Fréjus-Propriano (Antoine Pagès)

Paramoteur Vol Fréjus-Propriano (Antoine Pagès)

Survol de la Méditerranée en Paramoteur (Antoine Pagès)

Survol de la Méditerranée en Paramoteur (Antoine Pagès)

 

 

 

Le vol devait avoir lieu la dernière semaine d’août, profitant d’une relève d’équipage de la sécurité civile en poste en Corse, pour le rapatriement du Funflyer. Clin d’oeil à  » l’acte aéronautique  » un Dash 8 assurait le retour du Matériel, depuis leur base d’Ajaccio jusqu’à celle de Marignane.

Ayant eu besoin de mon paramoteur pour honorer les baptêmes de la saison, je n’ai eu que quelques jours pour le  préparer réellement. Cela commença par des essais de flottaison sur l’étang de Berre (13), avec l’aide éclaboussante d’amis paramotoristes de chez « Provence Paramoteur« . L’ambiance était au comique.
Le moteur, le pot d’échappement, l’hélice ainsi que les organes électriques ont été remplacés par leur équivalence en poids, soit 25 kilos au total. L’occasion d’une révision intégrale du Funflyer au remontage.

Essais de flotaison du Funflyer Adventure sur l'étang de Berre

Essais de flottaison du Funflyer Adventure sur l’étang de Berre

Le paramoteur n’a subi aucune transformation. Des frites de natation ont été fixées en dessous, pour rendre plus confortable ce « radeau-volant » éventuellement retourné en mer. L’attente d’un secours aurait pu être longue, je n’avais pas reçu la balise attendue.

Des planches de natation étaient placées en guise de support-amortisseur plat, sous les réservoirs qui remplisssaient déjà leur rôle de flotteurs. Les gilets de sauvetage essayés m’ont convaincu d’investir dans des bouées.

 

Antoine Pagès - Départ de Fréjus pour la Corse (Août 2013)

Antoine Pagès – Départ de Fréjus pour la Corse (Août 2013°

Départ du terrain de Fréjus «  les ailes du soleil  » à 7 h 21, avec ma citerne volante. L’air de bord de mer est agréable. le terrain est grand mais les arbres et la fête foraine en bout de piste ne m’enthousiasment pas plus que ça. Un petit vent de 10 de nord m’aidera à arracher tout ce poids.

Pierre Bourgue, l’instructeur de « Provence Paramoteur » me dispensait de ses dernières opinions tandis que Thierry Coutant s’apprêtait à faire le même vol en ULM 3 axes. Celui là même qui nous ramènera le lendemain en Provence.

Dernière semaine d’août, à défaut de pouvoir choisir les meilleures conditions météo, on a du prendre les moins mauvaises. Nuages variés, soleil, vent, rafales… Ce vol de 332 km sera parfois assez sport, mais jamais insurmontable.

Rapidement, un vent d’ouest qui n’a fait que se renforcer sur le parcours, jusqu’à rafaler à 45 km/h s’est imposé. Les sites de météo surveillés plusieurs jours avant affichaient des prévisions encore incertaines la veille pour le lendemain.

Points de passage obligatoires en mer OMAR – KILO CHARLY – SIERRA

Thierry a géré le plan de vol, les demandes d’autorisation, le rapatriment du Funflyer par la « Sécurité civile », le relai radio en vol tout en gérant ses propres consos, ma réception à Propriano.
C’est lui aussi qui nous ramènera sur le continent le lendemain dans l’Allegro, prêté pour l’occasion par Pascal Carrasco, membre de l’aéroclub Provençal .

Conditionné pour finir à l’eau, je n’étais pas équipé « montagne ». L’alti-vario à affiché 3° pendant près de 3 heures.
J’étais ravi !

L’émotion est forte. C’est du domaine de la liberté absolue, obsédé par cette unique pensée : que la seconde qui arrive soit aussi bien que la seconde qui s’en va déjà.

J’emporte une réserve de deux litres d’eau dont je ne boirai qu’une gorgée par heure, économisant le précieux liquide en cas de panne au dessus de ce néant bleu.
Des barres de céréales, dates et pruneaux seront embarqués pour leurs qualités nutritives au faible encombrement.

Sur la totalité du vol, je n’ai croisé que 2 bateaux au large de Fréjus. Leurs points de passage obligatoires en mer pour bénéficier des secours, ne sont pas les mêmes que pour les ULM.

5h30 auront été nécessaires pour rejoindre Ajaccio et 2h00 pour finir jusqu’ à Propriano. Le vent était fort et désormais de face.

Parti avec 100 litres de carburant, mon dernier réservoir en contenait encore 25 à l’arrivée.

 » Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure.  »

Antoine de saint Exupéry
A la vue de la Corse après un long moment de vol ensoleillé, c’est une île ceinturée de nuages qui s’est dressée face à moi. Magnifique !
Longer la côte jusqu’ à l’angle de la CTR d’Ajaccio comme prévu initialement me sembla alors inadapté, préférant monter et voler directement vers Propriano.
Montagnes et forêts dominantes, Le territoire Corse n’est pas vraiment vachable sur ce trajet là.
Un vent fort d’ouest rafale dans un air devenu bien thermique.

A moins de 5 kilomètres de la piste prévue, à bagarrer et à faire le yoyo face au vent, mon 3ème réservoir s’est vidé et la prise d’air du dernier était obstruée. Cela provoqua le choix délicat d’un terrain Bis improvisé dans un air chahuté. Le poser, moteur coupé, s’est fait dans un grand terrain clos d’une propriété aux volets fermés et dont j’ai mis deux heures à en sortir sous le cagnard habillé en shorty !

Comme convenu, le funflyer à été tracté par un 4×4 jusqu’à le base de la sécurité civile d’Ajaccio, où je rejoignais Thierry qui s’y rendait par les airs. Apéro à la base, resto « chez Chantal » à Porticcio, soirée bar d’ été, 3 heures de sommeil puis décollage en ULM  » 3 axes  » sur la piste des Canadairs en direction de Salon de Provence où les âmes volantes de l’aéroclub Nostradamus nous attendaient… Le pied… !

Merci aux membres de l’aéroclub Nostradamus de Salon-Eyguières dont la participation active et enthousiaste a été déterminante. Merci à Thierry Coutant (l’homme de l’ombre), à Pierre Bourgue (mon Coach) . Un Merci spécial aux bases de la sécurité civile d’Ajaccio et de Marignane pour leur précieuse contribution.
Merci à tous les intervenants qui ont permis ou facilité la réalisation de cettetraversée en paramoteur.

 

« Sur la mer, personne ne vous prend en tutelle. C’est le dernier espace au monde où vous êtes responsable. »

Paul Guimard.Le paramoteur tourne rond. Mon moteur Mini 3 Simonini est doux et sans à coups. Jamais il ne m’a inquiété. Mais par expérience, je sais qu’une panne ne prévient pas. Elle intervient dans l’instant. Alors je la guette mais ne l’appelle pas. Place au plaisir de voler dans un rêve, à butiner ce tapis de barbapapa vierge… Une parenthèse dans la parenthèse… avec toujours cette phrase en tête  » il n’y a pas de chemin pour le bonheur, le bonheur est le chemin « …Que le moteur tombe en panne, ici, dans 20 minutes ou dans deux heures, de toutes façons, je serais mouillé. Alors autant admettre l’idée du naufrage et en profiter pour voler aussi librement qu’il soit. Slalomer des heures entre les nuages au mileu de cette étrange immensité paraît irréel. Lire leur déplacement, anticiper, contourner à gauche… non ! A droite …

Dès que le bout d’île se dessine au loin, plus question d’ envisager l’éventualité de tomber en panne. C’est là que ça devient long !

Traversée Paramoteur Corse en Funflyer Adventure (Aout 2013 - Antoine Pagès)

Paramotoriste et nostalgique téléspectateur d’ « Ushuaia », je m’étais souvent demandé ce qu’avait pu ressentir Didier Eymin lors de son vol « Nice-Calvi » un 3 mai 1989. il me fallait aussi vivre l’expérience du vol lent sur une mer à perte de vue, sans plus aucun repère, aucune pollution visuelle à des kilomètres à la ronde.
Grandiose ! …

Le besoin de voler sur la mer s’est fait fortement ressentir lors de vols de littoraux, toujours à la frontière du posable en cas de panne moteur.

Voler en campagne est magique, mais dès qu’un point d’eau apparait, il attire, il multiplie la beauté du paysage et irradie la grandeur de l’instant. Alors prendre la mer, me laissait imaginer le summum !

Fin juin 2013, un barbecue festif réunissant le noyau dur des membres de l’aéroclub Nostradamus de Salon-Eyguières, se solda par un challenge : celui de réaliser un vol paramoteur « Fréjus-Propriano » sans assistance ni ravitaillement, au mois d’août.

Pour avoir réalisé en 2011 et en 2012 le vol d’une traite de Salon de Provence à la Coupe Icare à Saint hilaire du Touvet, je savais un peu à quoi m’attendre en matière de préparation. Petit détail… la mer à traverser en plus… Glurps !

Funflyer baroudeur traversée méditerranée (Antoine Pagès)